Crise humanitaire en Haïti : Avant le séisme, une situation déjà préoccupante
| Crise humanitaire en Haïti : Avant le séisme, une situation déjà préoccupante |
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| 16-01-2010 | |
Le violent séisme qui a touché Port-au-Prince, la capitale d’Haïti, intervient dans un pays fragilisé depuis plusieurs dizaines d’années par l’instabilité politique et les
catastrophes naturelles. Par Justine BRABANT «Partout ce ne sont que des amas de décombres, des cadavres allongés sur les trottoirs, des cris de douleur et des appels à l’aide.» Ce récit du journaliste français
Jean-Michel Caroit, envoyé spécial du journal Le Monde à Haïti, en témoigne : la ville de Port-au-Prince, capitale de ce petit pays des Antilles, a été réduite à un champ de ruines
par le tremblement de terre qui y a eu lieu mardi 12 janvier, peu avant 17 heures.Il faudra sans doute plusieurs semaines pour établir un bilan précis du nombre de morts et de blessés. Mais les premières indications, données par l’Organisation des Nations unies (Onu) vendredi 15 janvier, laissent présager le pire : «Quelques 3,5 millions de personnes vivaient dans les zones qui ont été touchées par de fortes secousses. 300 000 sont sans-abris après la destruction de 10% de la capitale», a ainsi indiqué l’Onu trois jours après la catastrophe. Haïti, pays qui occupe la partie Est de l’île d’Hispaniola, dans l’archipel des Antilles (la partie Ouest étant constituée de la République Dominicaine), a une histoire faite d’instabilité politique et de catastrophes climatiques. Indépendants depuis 1804, après avoir été colonisés par les Espagnols et les Français, les Haïtiens connurent l’occupation américaine à partir de 1915, puis la dictature jusqu’à la fin des années 1980, avec les Duvalier père et fils. Jean Bertrand Aristide, Président élu au suffrage universel en 1990, est renversé un an plus tard par un coup d’Etat militaire et contraint de s’exiler. Il revient au pouvoir trois ans plus tard, avant de s’exiler à nouveau en 2004, sous pression de la communauté internationale. Depuis 2006, c’est l’un de ses proches, René Préval, qui préside la République d’Haïti. En plus de cette instabilité politique, l’île est confrontée à de nombreux aléas climatiques. Le passage d’ouragans, d’abord, avec, pour ne citer que les plus récents, «George» en 1998, qui a fait plus de 200 morts, «Jeanne» en 2004, qui a causé plus de 3 000 décès, et «Fay», «Gustav», «Hanna» et «Ike», qui ont frappé le pays en 2008, faisant plus de 800 victimes et environ un million de sinistrés. Haïti est également victime d’inondations, comme en 2007, où le sud du pays avait été inondé à la suite de pluies torrentielles. Circonstances aggravantes : une étude de la Banque mondiale datant de 2006 relève que les «niveaux de pauvreté élevés», l’«infrastructure inadaptée», un «environnement dégradé» ainsi qu’une série de gouvernements jugés «inefficaces» et «confrontés à de graves problèmes fiscaux», ont rendu le pays encore plus vulnérable face aux catastrophes climatiques. Avant le séisme du 12 janvier, les indicateurs statistiques étaient déjà au rouge, avec un chômage touchant 65% de la population active, et 78 % de la population vivant sous le seuil de pauvreté de deux dollars par jour. Et cela, en dépit de la mobilisation d’acteurs internationaux comme la Banque mondiale, qui a prêté plus de 300 millions de dollars à Haïti depuis 2005. De nombreuses Ong sont également présentes sur place, ainsi que 7 500 casques bleus et policiers internationaux, chargés de stabiliser le pays, sujet à une forte criminalité. Certains observateurs relèvent que depuis quelques temps, les Haïtiens avaient tout de même retrouvé des raisons d’espérer. Le journaliste et écrivain français Christian Lionet, ancien correspondant dans la région, estime ainsi qu’«après une série d’inondations terribles dues aux pluies, Haïti commençait tout juste à souffler» et la population connaissait «un calme relatif». Dans une interview accordée au quotidien français Libération le lendemain du séisme, M. Lionet détaillait : «L’insécurité a beaucoup reculé (moins d’enlèvements notamment). Les récoltes ont été bonnes après une année de crise alimentaire en 2008 en raison des cyclones en série. Sur le plan politique, après l’élection de 2005, le pouvoir en place suit son cours cahin-caha. Des législatives devaient avoir lieu en mai prochain. Globalement les paramètres restent déplorables mais, pour la première fois depuis longtemps, les gens recommençaient à sourire.» |



«Partout ce ne sont que des amas de décombres, des cadavres allongés sur les trottoirs, des cris de douleur et des appels à l’aide.» Ce récit du journaliste français
Jean-Michel Caroit, envoyé spécial du journal Le Monde à Haïti, en témoigne : la ville de Port-au-Prince, capitale de ce petit pays des Antilles, a été réduite à un champ de ruines
par le tremblement de terre qui y a eu lieu mardi 12 janvier, peu avant 17 heures.